Visite insolite : La Maison Picassiette à Chartres

Posté le 13 mai 2009 par Elisabeth

maisonpicassietteLa ville de Chartres, située à environ  80 km au sud-ouest de Paris, est mondialement connue pour sa cathédrale gothique datant du 13ème siècle, édifice d’une valeur historique absolument unique, classé depuis 1979 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pourtant les visiteurs qui chaque année viennent admirer ce bijou de l’art gothique devraient également prendre le temps de s’éloigner un peu du centre-ville pour s’en aller visiter un petit pavillon situé au 22 de la rue du repos et ouvert tous les jours sauf le mardi, du 1er janvier au 31 décembre.

C’est ici que se dresse en effet la Maison Picassiette, un petit pavillon construit et transformé en œuvre d’art par un seul homme, Raymond Isidore. Né à Chartres en 1900, Isidore n’est pas ce que l’on pourrait appeler un artiste classique. En 1929 il acquiert une parcelle sur laquelle il entreprend de construire une petite maison pour lui et sa famille. Quelques dix années plus tard, il s’attèle à une tâche qui occupera une grande partie de ses loisirs jusqu’à son décès en 1964, décorer sa maison avec des morceaux de vaisselle, de faïence ou de verre récupérés dans des décharges. Le résultat est une œuvre de ce qu’il est convenu d’appeler l’Art Brut, un art exercé par des artistes autodidactes, souvent d’origines modestes et sans la moindre formation académique. Isidore qui pour gagner son pain exerçait toutes sortes de petits métiers a laissé ici libre cours à sa fantaisie et à son imagination, recouvrant de mosaïque non seulement les murs intérieurs et extérieurs de sa maison, mais également, les sols, les plafonds, tout le mobilier et même des éléments du jardin. Pas un centimètre dans l’enceinte du pavillon qui ne soit mis à profit par l’artiste pour parachever son œuvre.

maisonpicassiettelitL’originalité de son entreprise vaudra à Isidore ainsi qu’à sa maison le surnom moqueur de Picassiette, probablement un mélange de « pique-assiette » faisant référence à sa manie de récupérer de la vieille vaisselle et à Picasso dont les œuvres ont pu elles aussi surprendre en leur temps. Mais ni les railleries, ni sa santé chancelante sur la fin de sa vie ne l’empêcheront de poursuivre la réalisation de son œuvre, inspirée selon les dires de sa femme par ses rêves nocturnes. A sa mort, en 1964, la Maison Picassiette n’est pas encore entièrement achevée.

En 1981, cet exemplaire unique d’architecture naïve sera racheté par la ville de Chartres avant d’être classée aux Monuments historiques en 1983. Aujourd’hui, ce sont plusieurs dizaines de milliers de visiteurs qui chaque année viennent visiter la Maison Picassiette et s’étonner qu’un homme solitaire,  sans éducation artistique ou architecturale qui plus est, soit parvenu à réaliser un tel chef-d’œuvre avec des morceaux de bric et de broc. Avec la foi on peut bâtir des cathédrales, ou une Maison Picassiette.

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